Inauguration Rue EZ par Philippe Duron

Discours lu par Philippe Duron (Député Maire de Caen) lors de l'inauguration de la rue Professeur Edouard Zarifian à Caen et Hérouville St Clair le 13 Novembre 2008.


« C'est la parole, source de nos bonheurs comme de nos peines, qui nous fait vivre dans un mélange subtil de réel, d'imaginaire et de symbolique.

Pour savourer le goût de vivre, sachons ensemble retrouver la parole perdue, car nous avons encore tant de choses à nous dire ... »

 

C'est sur ces mots qu'Edouard Zarifian conclut  Le Goût de Vivre, son avant-dernier ouvrage paru en 2005.

 

Edouard Zarifian, visionnaire

 

Edouard Zarifian était à n'en pas douter le psychiatre caennais le plus renommé en France et à l'étranger.

 

La psychiatrie, qui doit soigner la maladie mentale et donc les désordres de l'esprit, a toujours entretenu une relation très complexe avec la médecine dite classique qui soigne les corps.

 

Toujours en avance sur son temps, le Professeur Edouard Zarifian a défendu le raisonnement scientifique, la rigueur et aussi l'esprit scientifique qui accompagnent l'évolution dans le progrès.

 

A ce titre, Edouard Zarifian a bien sûr défendu l'approche pharmacologique qui modifie structurellement l'état mental, mais il a aussi et surtout fustigé l'abus de médicaments, selon lui, véritable maladie de société.

 

En effet, pour lui, se contenter d'organiser des soins sur un mode impersonnel, dispenser systématiquement des médicaments, est un réel contresens pour celui qui soigne. Il ne manquait jamais de déplorer l'excès des prescriptions de psychotropes, leurs dangers, leurs effets collatéraux.

 

Ainsi, s'il avait été l'un des initiateurs de la psychiatrie biologique en France, il combattait sans relâche pour que cette discipline ne passe tout entière sous le joug de l'industrie.

Dénonçant la triple irresponsabilité de l'industrie pharmaceutique, des universitaires de psychiatrie et des pouvoirs publics dans l'abus du recours aux psychotropes, il nous mettait en garde contre les théories « éliminationnistes » du psychisme qui réduisent l'homme à ses seuls organes. Or, comme il le rappelait si « nos organes sont interchangeables, comme le montrent les vies sauvées grâce à des greffes, (...) pourquoi vous et moi savons nous que nous sommes uniques au monde ? »

 

Edouard Zarifian confiant dans la parole humaine

 

Ainsi, défenseur convaincu d'une conception de la psychiatrie qui laisse toute sa place à   l'échange thérapeutique, il prônait la compréhension par la parole.

 

« Aucune guérison n'est complète si une relation fondée sur la parole ne s'instaure pas au cours des soins, et après entre le malade, ses proches et le médecin. »

 

Ce qu'Edouard Zarifian exprimait dans Les jardiniers de la folie  ou dans Le prix du bien-être prenait ainsi en compte toutes les dimensions de la souffrance psychique relationnelle familiale et sociale.

Inlassablement, il soulignait non seulement la valeur du dialogue humain, mais son caractère indispensable à toute vie en société.

 

Scientifique, il s'informait de tout ce que la recherche médicale produisait, jour après jour, dans la plupart des spécialités.

 

Travailleur infatigable, il était notamment conseiller auprès de Vivagora, association pour le dialogue Sciences et Société. Alors qu'il se savait condamné, il échangeait encore, quelques jours seulement avant sa mort, des messages avec la déléguée générale de cette association.

  

Ainsi, Mesdames et Messieurs, en inaugurant cette rue aujourd'hui, nous continuons à entretenir le dialogue avec celui qui s'est toujours battu pour le respect de la parole.

 

Edouard Zarifian humain et humaniste

 

« Si j'ai une foi, c'est la foi en l'être humain. »

 

Sa maison envahie de livres, son amour pour la musique, les arts, tous les arts sans négliger celui de la cuisine et du vin, tout chez lui résonnait en effet l'humanisme et le désir de vivre.

 

Il était passionné par tout ce que produit l'homme.

 

Auteur, son premier but était de donner envie à ses lecteurs d'en savoir plus. Il voulait rendre sa pensée accessible en usant de termes clairs, sans jamais trahir la vérité.

 

Et je pense que vous comprendrez aisément, pourquoi l'inauguration aujourd'hui de cette rue au nom d'Edouard Zarifian constitue, pour le Maire de Caen que je suis, tout à la fois un moment d'émotion et un véritable honneur.

 

Le professeur Edouard Zarifian a fait honneur à notre ville et à la médecine. Son souvenir doit être entretenu et son nom mérite de s'inscrire dans notre ville.